UT4M – Challenge 80, la reprise post-covid

Un an et demi après la situation sanitaire compliquée due à la COVID-19, il était temps d’enfiler à nouveau un dossard pour préparer la CCC. C’est tout naturellement que je choisis le Challenge 80 de l’UT4M : 4 courses en 3 jours pour un total de 80 km et 6100 m de dénivelé.

Ça risque d’être long donc si vous voulez aller à l’essentiel, vous pouvez retrouver mes activités sur Strava :
Étape 1 : Vercors 20 / Étape 2 : Taillefer 20 / Étape 3 : Belledone 20 / Étape 4 : Chartreuse 20. 

Pour les plus fainéants, rendez-vous directement au chapitre qui vous intéresse : 

Étape 1 du Challenge 80 : Vercors 20 - 19kms 1720📈 560📉

Le départ de la course est prévu à Seyssins, à l’ouest de Grenoble, au pied du massif du Vercors. Je suis impatient de me lancer, cela fait plusieurs mois que je n’ai pas vécu l’ambiance d’une course (l’arche de départ, encouragements des supporters, etc.). D’un autre côté, je suis aussi très anxieux, car je n’ai pas eu l’occasion de préparer autant de dénivelés de montagne. Le format de la course laisse très peu de place à la chance et à l’improvisation : 1300 m de dénivelé positif sur les 11 premiers kilomètres.

L’improvisation est le maître-mort. C’est ce que j’ai dû faire avant même le départ, car je bloque un de mes bâtons de trail alors je pars avec, mais je sais très bien que je ne vais pas les utiliser et que ça va être plus compliqué que prévu. 

Lâchez les fauves !

Le départ est lancé en grande pompe : musique à fond, speaker survolté et public qui transmet une énergie. On se sent pousser des ailes… Enfin au moins pour un ou deux kilomètres avant de monter sérieusement. 

Clairement, les 10 premiers kilomètres se jouent têtes-à-culs. À la queuleuleu. Sans bâtons, je fais comme je peux, mais handicapé, je trouve que je ne m’en sors pas trop mal. J’essaye d’y aller à l’économie parce que je pense aux courses du lendemain et surlendemain. 

Je suis étonné de voir la 3e féminine devant moi. J’essaye de rester à sa hauteur. Elle se débrouille bien en montée et a un bon rythme, malgré l’absence de bâtons pour elle aussi. (j’apprendrai plus tard que la montée n’est pas son fort.)

On atterrit sur une portion bitumée. Je vois au loin Chrisna, Manu et Charly qui m’attendaient. Je râle : “Devinez qui a pété son bâton avant le départ et qui a du lactique plein les mollets !“. Malgré tout, leur présence me fait du bien et je me dis que l’on a bien monté donc que ça devrait aller pour la deuxième moitié. 

UT4M - Challenge 80 - Vercors 20

Comment ça il faut encore monter ?

Revigoré d’avoir pu voir et me faire encourager par des amis, je me dis que ça devrait aller maintenant pour la deuxième moitié. C’était avant de voir que l’on allait gravir une rampe de lancement de sauts à ski… Par les escaliers. Heureusement que le ravitaillement arrive vite derrière. On en oublierait presque les gestes barrières (port du masque et gel hydroalcoolique).

J’arrive tranquillement au sommet de la Moucherotte, point culminant de la course, où les participants se font “pointer”. Malheureusement, la météo n’est pas avec nous et ne nous permet pas de profiter du panorama. Non seulement, c’est une grosse purée de pois, mais aussi, il fait froid et le vent souffle fort. Pas le temps de s’attarder, d’autant que la bascule vient juste après.

N’étant pas très à l’aise en descente, j’y vais aux sensations. Je me laisse aller tout en restant sur la réserve. Je me dis aussi que ça ne vaut pas le coup de se tuer les cuisses sur la première “petite” (500 m de dénivelé négatif sur 5 kilomètres) descente des quatre courses.

Au final, je franchis l’arche d’arrivée sans trop me faire doubler et sans frayeur dans la descente.

Étape 2 : Taillefer 20 - 23.5kms 1620📈 2430📉

Ca va toi les jambes ?

Après une nuit plutôt bénéfique pour le corps et le moral, la deuxième journée s’annonce d’emblée plus polyvalente : distance moyenne, dénivelé positif assez conséquent, mais surtout un dénivelé négatif qui va, sans aucun doute, laisser des traces.

La navette pour la Morte, le départ, est aux aurores. Dans le car, l’ambiance est paratgée, certains se reposent ou dorment (dont moi), d’autres rigolent entre amis.

Quelques minutes avant le départ, les langues se délient et on finit par discuter “ça va toi les jambes ? Bien dormi ? Ça a été hier ?“. Je recommence à repérer deux ou trois visages qui je continuerai à voir tout au long des courses. J’essaye de rester optimiste, mais je sais que la descente n’est pas ma spécialité et j’angoisse de perdre énormément de temps sur la fin du parcours. À l’inverse de la veille, aujourd’hui, j’ai emprunté une paire de bâtons. Je gaspillerai moins d’énergie dans la montée.

Roulez jeunesse !

Dans le sas de départ, j’anticipe la météo en enfilant ma veste de pluie. Le départ est lancé. Sur le papier, le format est relativement simple, mais la première montée reste sévère (900 m de dénivelé positif sur 5 km). J’ai très vite chaud avec ma veste, mais je décide de la garder pour ne pas m’arrêter et perdre du temps. 

Avec l’altitude, le brouillard s’épaissit et la météo reste fraîche et humide. Le terrain est boueux et trempé, la progression sur la partie “facile” du parcours se fait plus lentement que prévu. En effet, même si ce dernier est peu accidenté, les zones autour des lacs sont inondées en conséquent la lecture du terrain est plus difficile. Au début, j’essaye tant bien que mal éviter les flaques, mais à la longue, je m’épuise plus qu’autre chose. À force, je râle puis je me rappelle que je suis privilégié de pouvoir évoluer dans un environnement exceptionnel. Je lève les yeux et une éclaircie me permet d’admirer des paysages magnifiques. 

UT4M - Challenge 80 - Taillefer 20
UT4M - Challenge 80 - Taillefer20

Dans l’agitation du ravitaillement au lac du Poursollet, j’arrive à attraper une pâte d’amandes avant de me faire pointer et repartir. Je crois que les bénévoles n’ont pas trop fait attention à mon dossard. Ça me fait quand même beaucoup culpabiliser. Le reste du plateau et la deuxième bosse se passent relativement sans problèmes particuliers même si le terrain reste gras, humide et instable. 

Tout schuss en descente

Ça faisait déjà un petit moment que j’avais passé la bascule lorsque je me retrouve au point de passage du chalet de la barrière. Je suis plutôt confiant même si jusque-là, j’ai un peu (beaucoup) râlé.

Les bénévoles m’annoncent gaiement : “Allez ! C’est plus que de la descente maintenant ! Faites attention quand même ça descend sec.” Tu m’étonnes Yvonne ! L’organisation nous fait descendre 1400 m de dénivelé négatif sur une distance de 5 km. Il est fort probable que ça pique.

Je m’élance “dré dans la pas-pentu” du coup et je me rends compte qu’au final ça se fait… Sauf que 10 minutes plus tard, j’ai les cuisses en feu. Je m’arrête sur le bas-côté pour récupérer un peu, je me fais évidemment doubler. Je dois réitérer l’opération au bout de 2 km de descente.

Il me faudra environ une trentaine de minutes pour rejoindre sans encombre (juste une chute sur le derrière) l’arrivée à Rioupéroux.

Je me fais encourager par Damien qui a fait tout un périple le matin pour atteindre le village. Un dernier tape-cul à 10 % avant de franchir l’arche. 

UT4M - Challenge 80 - Taillefer20
UT4M - Challenge 80 - Taillefer20
UT4M - Challenge 80 - Taillefer20
UT4M - Challenge 80 - Taillefer20

Je viens de boucler la course de la journée. Epuisé mais content de ce que j’ai pu faire dans la descente. Par contre, on me glisse à l’oreille : “tu vois la montagne, là en face ? Demain, on va la monter.” D’un seul coup, j’ai peur. 

Étape 3 : Belledonne 20 - 19.5kms 1920📈 790📉

Rioupéroux le retour

Jour 3, la navette nous ramène à Rioupéroux. Les jambes sont lourdes et le corps fatigué. C’est un peu l’atmosphère qui se dégage des rues du village. J’ai la chance de voir des participants du 180 passer, puis trois vagues de départ du Belledonne 40. 

Avec Valentine, on se dit qu’on va quand même s’échauffer un peu et reconnaître les rues des deux ou trois premiers kilomètres du parcours avant d’entamer le KV. Oui, c’est ce qui nous attend. On remonte un peu le parcours et on arrive à se perdre sur le premier kilomètre… Ce n’est pas gagné. :)

Dré dans le pentu !

Le départ est donné en descente. Ça part vite, très vite, trop vite même. À la sortie du village, je perds mon k-way de mon sac, je suis aidé par une personne venue nous encourager. 

La beauté du Kilomètre Vertical, c’est que ça monte dur et sec, mais que c’est balisé tous les 100 m de dénivelé positif. Le KV, c’est une première pour moi, je ne me connais pas sur ce genre de format. Je suis très étonné de croiser des militaires alpins dans la montée. Les gars avaient tentes, couchages et nécessaires de camping. Pour faire simple, ils avaient dormi là, à flanc de montagne, en pleine nature hostile, pour nous encourager. Merci messieurs. 

Le KV se termine dans les temps que je m’étais imaginés (environ une heure). Comme la veille, le terrain est très gras et humide sur le plateau. La progression n’est pas aussi aisée que je l’espérais. 

Sur votre droite, une éclaircie et sur votre gauche, le brouillard.

Après le plateau d’Arselle, vient la dernière ascension de la course vers la croix de Chamrousse. Sur le papier, c’était annoncé comme pas si facile : 4.5 km pour 600 m de dénivelé positif. La progression se fait lentement mais surement. 

Et là ! Magie de la météo en montagne une éclaircie en pleine ascension qui nous permet d’apprécier des paysages magnifiques. 

UT4M - Challenge 80 - Belledonne 20

Sur cette portion, avant la croix de Chamrousse, je croise beaucoup de participants d’autres courses (belledonne 40, Master 100, Xtrem Challenge…). On s’encourage mutuellement. Tout le monde commence à sérieusement fatiguer, certains plus que d’autres.

La météo qui, jusque-là, avait été plutôt clémente vient de virer de bord et l’accès au sommet se fait dans une purée de pois. On n’y voit pas à 100 m. Je peste parce que je sens l’ascension qui martyrise mes muscles et mon souffle et je vois à ma droite les gens redescendre. “Mais non ! On ne va pas faire demi-tour là-haut quand même ?! Tout ça pour juste de l’eau en plus ! “. Un bénévole me voit à la dernière seconde et m’indique que le parcours du 20 descend de l’autre côté de l’arête. 

Se perdre en descente, tout un art

Je m’élance à cœur perdu dans la descente. C’est une piste de ski pleine de petites rigoles et de pierres. Pas vraiment mon terrain favori. En plus, je n’y vois pas toujours pas à plus de 100 m. Je me parle à moi-même pour me rassurer, m’encourager et remplir mon esprit de pensées positives. Et là ! C’est le drame. Plus de balisage en vue.

Je m’agace et lance un appel désespéré à la randonneuse que j’avais croisée quelques secondes plus tôt pour savoir si elle voyait quelque chose plus haut. Elle me répond que oui. Ouf ! Sauvé ! Un autre participant me rattrape, comme moi, il avait raté le virage à 90° (sauf que lui est beaucoup plus descendu avant de s’en rendre compte). 

Je retrouve mon chemin, et le bon, cette fois-ci. Je mettrais un peu plus d’une quarantaine de minutes à rejoindre l’arche d’arrivée.

Comble de tout, Valentine me rattrape à moins d’un kilomètre de l’arrivée, ce qui nous permet de finir “bâton dans la main” (cf. la photo d’arrivée).

UT4M - Challenge 80 - Belledonne 20
UT4M - Challenge 80 - Belledonne 20

Étape 4 : Chartreuse 20 - 17kms 630📈 1420📉

Finir à la frontale

Contrairement aux étapes précédentes où j’avais pu me reposer et dormir, la dernière course a lieu de Sappey-en-Chartreuse… à minuit. Le repos n’aura été que d’une courte après-midi avant de retourner prendre la navette qui nous a déposés, non sans mal en plein milieu du village.

Avec de l’avance sur l’heure du départ, on s’occupe comme on peut et on encourage les participants des autres courses qui traversent le village avant nous. Puis, vient l’heure du dernier départ. Je m’élance sans bâtons en me disant que ça ira et que je devrais ne pas mettre trop longtemps.

Les sensations à la frontale sont vraiment particulières. Presque uniques. Je me sens étonnament bien. L’ascension du Saint-Eynard se fait plutôt bien et tranquillement. Dans la descente vers le Col de Vence, je me retrouve entre deux descendeurs. Monsieur est devant moi à descendre comme un cabri en encourageant son amie qui est derrière moi. Je me calque sur leur rythme pendant quelques kilomètres avant de les laisser partir ensemble. Je traverse le ravitaillement du Col de Vence sans m’arrêter. Pas besoin. 

Une dernière petite côte et c'est fini... enfin presque

Après le Col de Vence,la dernière montée vers le Rachais n’est pas trop raide. Je dirais même qu’elle peut se courir. J’ai les jambes et j’en profite pour remonter quelques places que je reperds assez vite puisque je m’arrête pour prendre une photo et faire un pause technique. 

 

La descente vers la Bastille se fait sans trop de problèmes. Je suis content, car les jambes répondent plutôt bien après les trois courses.

Je me fais évidemment doubler, mais pas autant que je m’y attendais. À la Bastille, il y a un petit tape-cul en montée et une série de marches à descendre dans les dédales du fort de la bastille. Une série de descentes en lacet et nous voilà aux portes de Grenoble.

Je croise Gaetan, que je ne reconnais pas de suite dans la nuit, puis j’envoie un sprint avant de me dire “Attend ! Il n’y a pas un gros kilomètre avant l’arrivée ? Ne va pas faire le con maintenant.” La beauté de finir dans les rues de Grenoble un week-end à 2 h, c’est la chance, que l’on a, de croiser tous les gens qui sortent des bars et boîtes. Je ralentis parce que c’est très drôle. De celui qui ne tient pas droit, à celui qui essaye de t’encourager avec une élocution plus que douteuse en passant par celui qui est assis par terre dans le mal.

Je dois dire que ce dernier kilomètre dans les rues n’est pas le plus appréciable, mais je suis quand même content d’arriver. Je vois quand même la sécurité de l’organisation de course repousser une triplette de fêtards qui voulait passer l’arche d’arrivée eux aussi. :) 

Bref.

C’est la première fois de ma vie que je participe à une course en étapes. J’aurais couru quatre courses pour au final une seule. Merci à tous les bénévoles et l’organisation pour avoir maintenu malgré la situation sanitaire encore compliquée.

Bref, j’ai participé et terminé le Challenge 80 de l’UT4M.

Merci à l’organisation d’avoir mis à disposition les photos de course via la plateforme Flickr. Les albums disponibles au lien suivant. Je ne possède pas les droits sur les photos donc merci de ne pas partager, reproduire dans un but commercial.

Répandez la bonne parole

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