Chaleur au trail du Bout du Monde

Après quelques mois de retard, je reviens sur mon expérience au Trail du Bout du Monde.

C’était un des objectifs de l’année, terminer si possible en ménageant ses forces. Raté.

Depuis 15 ans, le Trail du Bout du Monde a lieu tous les étés, au mois de juillet. Il relie la petite ville de Plouzané (29) à la pointe St Mathieu. Il emprunte le célèbre GR34 littoral.
Question parcours, trois formats existent : 20 km le samedi, 37 km et 57 km le dimanche. Loin des “single track” de montagnes ou en forêt, on est sur du sentier côtier bien exposé. Relativement peu de dénivelé mais des bosses qui s’enchaînent parfois dangereusement (petite pensée pour le monsieur que j’ai croisé le front en sang à 15 km) : entre les escaliers en rondins et les sentiers à base de roches ici ou là. Nature sauvage dans toute sa splendeur face à l’Atlantique.

Une course objectif

Comme le titre l’indique, cette course était pour moi plus un véritable challenge qu’une course avec objectif de chrono. Il y a deux éditions, je terminais les 37 km. Souffrant de crampes aux mollets, je suppliais l’aide d’une amie qui était venue m’encourager à l’arrivée. Un peu plus aguerri, je me suis promis de boucler les 57 km cette année. Pas d’objectif chrono, juste le plaisir de le terminer et de retrouver mes proches à l’arrivée et sur le long du parcours.

Une préparation comme on en voudrait plus souvent

La préparation s’est plutôt bien passée étant donné que j’ai pu varier entre côtes, un peu de vitesse et des sorties longues aussi vallonnées que possible. Un bon weekend sur le trail de Sancerre où je me suis baladé 35 km dans les vignes de la région avec des sensations absolument agréables malgré un soleil harassant.

Pour la première fois, j’ai réussi à intégrer un 10 km en compétition dans une sortie longue. J’ai tenté d’amener des amis en sub-42 sur le 10 km Adidas Paris avant de partir rallonger de 17km jusqu’à Montmartre et rentrer.

Mauvaise surprise sur une sortie longue deux semaines avant où les tendons de mon pied ont refusé que j’aille plus loin que 5km. Je profite de me reposer avant le trail du Muguet qui est la dernière compétition en mode sortie longue avant l’échéance.

C'est le départ du Trail du Bout du Monde !

Le départ est lancé dans le petit vélodrome de Plouzané (29). C’est intimiste et on a même le droit de faire un tour d’honneur devant les quelques personnes venues nous encourager et puis on se dirige très vite sur des sentiers en sous-bois. C’est agréable, presque trop. Je pars vite, peut-être trop.

Au bout d’un peu plus d’une heure, je sors de la forêt et j’arrive sur les sentiers. C’est parti pour près de 25 km de sentiers côtiers…toujours plus vers l’ouest.

Avec du recul, cette partie se passe quand même mieux qu’il y a deux ans. Quelques petites frayeurs après 30 km mais rien de grave. Cette année, j’ai même le droit à mon fan club personnel à plusieurs points du parcours : ma mère et ma copine au km 25 au ravitaillement de la plage de Portez, puis quelques kilomètres plus loin sur la plage du Trez-hir et enfin au km 37 à la pointe St-Mathieu avant de repartir sur une boucle 20 kilomètres.

Mine de rien, ça met du baume au cœur et ça redonne le sourire. Ça fait vraiment du bien au moral.

Quoi ?! Que 2/3 de fait ?!

Après 37 km de crapahute dans les sentiers, les jambes commencent à se faire aussi lourdes que le soleil de plomb qui nous tape. J’essaye de m’hydrater autant que possible (apparemment avec le recul, pas assez). À la pointe St-Mathieu, je retrouve mon fan club qui s’est implémenté de mon papa qui prend très au sérieux son rôle d’assistant : “tu veux boire de l’eau ? Du coca ? T’as mangé quelque chose ?”. À l’inverse, j’essaye de rassurer ma maman avec un grand sourire mais d’un autre côté je lui dis en même temps que je crois avoir quelques débuts de crampes dans les jambes et que ça va se compliquer. Oups, pour le coup elle n’est pas vraiment rassurée.

Je prends la décision de reprendre et de continuer en me disant “Allez c’est que 20 km avec un ravito au milieu”. À ce moment, je crois que le soleil avait déjà bien surchauffé ma cafetière.

Comme dirait l’autre : “Et là c’est le drame !”. Je peine à relancer la machine tant mes jambes me semblent lourdes et les muscles douloureux. J’essaye d’alterner entre course et marche rapide. Puis vient le moment de traverser le ria du Conquet sur une petite passerelle. Lieu idéal pour placer une équipe de supporters survoltés.

Que vois-je au bout de cette passerelle ? Encore une plage de sable à traverser. Pas plus de deux kilomètres qui me paraissent interminables tant je peine à trouver des appuis et le soleil qui tape fort, très fort sur le crâne. Un monsieur discute avec moi et me rassure quelques minutes. Ma persévérance paie. On y arrive au bout de cette plage pour au final apprendre que le ravitaillement, que je pensais en fait au km 47, sera deux kilomètres plus loin. Horreur et damnation ! Je sers les dents et je repars. Première crampe à l’abducteur. Je masse et me détends et repars tranquillement.

Le tour de la pointe de Kermorvan est très jolie, mais je suis fatigué et je ne prends plus trop de plaisir.

Un dernier ravitaillement pour la route?

Au croisement du 47ème (oui oui là où je pensais trouver un ravitaillement), un bénévole me dit : “Allez ! Le tour de la pointe et vous trouverez le ravito”. Effectivement, deux kilomètres plus loin, le ravitaillement est là. Je refais le plein en eau et ce dont j’ai besoin pour la fin. Avant d’apprendre que par mesure de sécurité un point d’eau avait été établi au 51km (“Ouf !”) après la côte de l’hôtel (“Ah merde ! ça va piquer”).

Quelques kilomètres avant la-dite côte, je fais face à LA défaillance technique : crampes au pied et aux abducteurs sur un single-track. Juste pour bien embêter les gens de derrière. Je me mets tant bien que mal sur le côté pour laisser les gens passer. Tous me demandent si ça va. “Ouais ouais tranquille ça va passer” que je leur réponds. Je m’étonne moi même.

Étonnement, malgré un corps qui me fait défaut, le moral reste au beau fixe. Tout en clopinant, je trouve même moyen de plaisanter avec des gens que je croise à plusieurs reprises sur les six derniers kilomètres du parcours. Non non ce n’était pas des mirages.

Je revois le phare de la pointe St-Mathieu se profiler. L’arrivée se rapproche. Un tour d’honneur du sémaphore, je retrouve Joséphine qui me gueule dessus de reprendre à courir. “Vas-y ! Regarde ! Tu peux le faire ! Je cours plus vite que toi pour une fois !”.

J’arrive à 4 minutes de la barrière horaire qui était imposée à l’origine. Je ressens une immense déception d’avoir autant souffert, mais elle laisse place à un soulagement et une fierté personnelle d’être allé aussi loin.

La zone d’arrivée est quasi-vide et je profite d’un bac d’eau mis à disposition pour faire comme à mon habitude : l’imbécile.

Pour info, les coups de soleil ont mis presque deux semaines à partir. Je vous laisse imaginer le style de bronzage “débardeur” en haut et “manchons de compression” en bas.

Bref, je suis finisher du Trail du Bout du Monde à la maison. 

A très vite pour de nouvelles aventures.

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