Endurance Trail des Templiers 2019, mon premier ultra-trail

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Endurance Trail Templiers - Le smile quoi qu'il arrive

Après avoir accusé le coup, récupéré et relancé la machine, il était temps de faire le point sur cette expérience qu’est le premier ultra-trail. Ça risque d’être long donc si vous voulez aller à l’essentiel vous pouvez retrouver mon activité sur Strava : Endurance Trail des Templiers.

Un premier ultra-trail, ça se prépare

Non loin d’avoir la science infuse en matière d’entraînements, je me suis renseigné à droite et à gauche. Quels genres de préparations je vais trouver? Sur le blog denisfritsch.blogspot.com, je trouve donc un plan assez détaillé en 12 semaines avec 4 séances par semaines. 

Après mon entorse sur le Trail de Sancerre en juin, la reprise est bien compliquée. Je commence la préparation en pleine canicule estivale. Je perds mon téléphone portable en pleine sortie “longue” dans les montagnes après m’être perdu à maintes reprises. Puis j’enchaîne sur un weekend à Strasbourg où je dois faire une sortie longue blocs sur route. La machine D+ peine à se lancer. 

Ce n’est que les semaines plus tard que je peux réellement me faire plaisir dans les montagnes grâce au trail de Pralognan-la-Vanoise (41/2300), puis la Swiss Peak Trail (38/1800), ainsi que le Trail du Sancy Mont-Dore (33/2050) et pour finir le Trail de Saint-Pry (30/1200). C’est simple, un weekend sur deux, j’étais en “vadrouille” comme dirait ma maman. 

 

Un weekend entre copains

La course est aussi un moyen de partager des moments avec des copains. C’est naturellement donc que j’embarque Manu et Valentine avec moi dans ce challenge (ou connerie, la frontière est fine). Chrisna, elle, s’alignera le samedi sur le Marathon des Causses (37/1800).

On se retrouve donc tous à Millau pour partager ça. Et quoi de mieux qu’un petit coucher de soleil sur les hauteurs de la ville pour profiter de ça.

On n'est pas venus là pour presser des oranges

On a beau profiter des paysages, du cadre de vie loin de Paris, on n’est pas venus là pour faire du tourisme. 

Le jour de la course est arrivé, enfin le matin parce qu’avec un départ à 4h autant dire que la nuit de sommeil est inexistante. On décide tant bien que mal de manger le repas du condamné et d’aller se coucher vers 20h pour se lever vers 2h du matin. Je vous dis pas la nuit : courte, agitée, stressée. Peu reposante en somme. 

Dans la nuit, tout s’enchaîne très vite : le réveil, le petit-déjeuner, s’habiller, le dernier passage aux… (enfin vous voyez). Quelques grosses minutes plus tard, nous voilà déjà sous la grande arche en bois. Pas très sereins mais le sourire quand même. 

Endurance trail des templiers - Un départ peu serein

Le départ est lancé, plus le moment de reculer

Ça y est ! Quelle ambiance ! Pour ceux qui ne connaissent pas, le départ est lancé au son de Ameno de Era. Ça prend aux tripes. C’est très enivrant. 

Ca part vite, très vite avec Manu. Sur les 5 à 6 premiers kilomètres, du bitume, on laisse les jambes tourner. Je me rends pas encore compte que l’on a encore 100km à parcourir. 

Premier tiers, jusqu'ici tout va bien

Malgré les premiers kilomètres enfilés un peu rapidement, la première bosse se passe bien et sans bâtons (et oui, le règlement l’interdisait). Le plateau fait du bien en début de course car peu technique et très roulant. Il me permet de maintenir une certaine avance sur les barrières horaires qui sont relativement serrées au début de la course. 

Je rejoins le ravitaillement de La Cresse (20km) bien plus tôt que prévu. Presque 1h30 en avance par rapport à mes estimations. Je m’emballe pas, je sais ce qui m’attend. Je décide ne pas trop m’attarder et de repartir pour le prochain ravitaillement douze kilomètres plus loin : Le Rozier. Entre temps, il y a une nouvelle grosse bosse à franchir mais celle-là aussi elle va passer. 

Le ravitaillement du Rozier au km 32 se passe aussi très rapidement pour moi et toujours le noir et à la frontale. Chose que je ne pensais pas. Je m’estimais à 9h30 pour une BH à 10h15. J’en sors sur les coups de 7h30. Content de mon avance, je reprends la route la bouche coeur et plein d’espoir pour le reste de la course. A noter que la météo est extrêmement clémente même aux premières heures de la journée.

Comment ça que 42km ?! Mais j'en peux déjà plus moi !

Quelques kilomètres avant le ravitaillement, commence une longue période sans pour moi. Il faut dire que la bosse est compliquée à passer et la descente laisse des traces sur mon corps : jambes, genou, pied, etc…

Je râle. Je peste. Une phase de course qui arrive à tout le monde même si on la souhaite pas, surtout aussi tôt. Je me rassure en me disant que ça va passer en prenant une petite pause au prochaine ravitaillement. La descente se fait sans prise de risques. Doucement mais sûrement. J’essaye de profiter du paysage. 

J’en profite me reposer et souffler un peu. Je saisis aussi l’occasion d’appeler ma chère et tendre. Les nerfs lâchent mais ça donne du baume au cœur et me ragaillardit. 

Je retrouve un peu ma bonne humeur et repère dans la foule de supporters un visage connu. Merci Luca Papi pour les petits mots de réconfort. 

Rencontre de Luca Papi sur un ravitaillement

C'est (re)parti pour une grosse étape

En  repartant du parking des Vautours, je sais qu’une grosse portion nous attends. Rejoindre le ravitaillement de Saint-André de Vézines signifie parcourir vingt-et-un kilomètre avec 1000D+. 

Sur le papier, aucune grosse bosse si ce n’est celle en repartant du ravitaillement. La distance est composée de plusieurs relances, un terrain assez technique (pierres et racines) et la fatigue cumulée joue aussi dans l’équation. 

Je me mets la tête dans le guidon et me mets en route. Je tiens bon et j’essaye de continuer à profiter du paysage en surveillant mon avance sur les barrières horaires.

 

Les kilomètres se suivent et se ressemblent. Et surprise ! Au détour d’un chemin, je tombe sur Manu qui faisait une pause sur la bas-côté. Il semblait pas au top de la forme. Un peu fatigué, je lui propose de partager autant de kilomètres qu’il faudra pour nous relancer et jusqu’à ce qu’on se sépare. S’en suit un enchaînement de kilomètres dans la bonne humeur malgré la fatigue. Pris en flag de connerie, dira-t-on.  

Tant bien que mal j’arrive au ravitaillement de Saint-André de Vézines (63k) avec une légère avance sur Manu. 

Il m’avoue que ça ne va pas très bien. Je regarde autour de moi, il n’est pas le seul. Il me dit qu’il va faire une petite sieste avant de repartir. C’était avant de se faire renverser sa soupe sur lui. Il se change énervé et se cale dans un coin derrière les tables . Et hop ! C’est parti pour une petite sieste pour lui. Moi, de mon côté, je me gave et je prends tout ce qui passe, à boire et à manger. 

En route, pour le ravitaillement de Pierrefiche à un peu moins de 15km de là, en soit ça semble une formalité après tout ce qu’on a parcouru.

Plus de son, plus d'images mais toujours le sourire

La douleur sous le pied se fait lancinante. Mon genou, qui me gênait peu au début, commence à coincer surtout en descente. Je marche de plus en plus et je dois m’aider de mes bâtons pour relancer. 

Étonnamment, pas moyen de me rappeler de cette portion du parcours. Quelques images de paysages à flanc de falaises me reviennent mais rien de précis. Peut-être un mécanisme d’auto-défense de mon cerveau pour se protéger. Ça et mon réflexe de sourire en toute circonstance. 

Je crois me souvenir d’être passé à la la Roque Sainte Marguerite. Le point d’eau était localisé dans une cuvette entre deux falaises. Pendant que je remplissais mes gourdes je voyais les coureurs devant moi 300m plus haut. 

Je me rappelle clairement de mon arrivée au ravitaillement de Pierrefiche. Je n’avais pas envie de repartir. Il y avait un ravitaillement bien fourni, de quoi s’asseoir et même de quoi nous réchauffer à l’intérieur. C’est un vrai soulagement mais aussi une véritable torture de devoir repartir.

Je regarde le petit topo de course et je sens que le dernier quart de course va être difficile physiquement et mentalement. 

Ça va être tout noir !

Malgré ma fatigue avancée et mon corps endoloris, je reprends la course et c’est à ce moment que choisit le soleil pour ce coucher. Le coucher de soleil sur les falaises des Causses à couper le souffle, je ne m’attendais pas un tel spectacle.

C’est le moment de rallumer les frontales.

C’est aussi à ce moment là que la malchance choisit de frapper. Dans un single sur une falaise, je perds une lentille en trottinant un peu trop près d’une branche. Je me dis que c’est pas grave et que ça peut attendre le ravitaillement. Il fait de plus en plus sombre et je vois de moins en moins bien.

Je m’arrête sur le bas côté pour changer tant bien que mal ma lentille sans miroir et dans la pénombre. Ceux qui connaissent comprendront la galère. Je parviens après plusieurs essais infructueux à la changer mais l’envie de relancer m’a quitté. Gros passage à vide où j’appelle mes proches.

“T’inquiète pas. C’est deux grosses descente et une montée. Ça va aller”. On l’a tous eu celui là hein? Oui mais après 90 kilomètres, l’un comme l’autre font mal aux jambes.

Je rattrape le point d’eau Mas de Bru où je me ravitaille juste à côté d’une guinguette où tout le monde pense se ravitailler en solide. Malgré la fatigue, j’en rigole tellement je trouve la situation cocasse. Je me remets en route et j’attends le Bas du ravin avec deux heures d’avance sur la barrière horaire. Rien n’est joué car il faut trois kilomètres et 470D+ pour rejoindre la ferme du Cade, le dernier ravitaillement.

Le Cade, une bière sans alcool et ça repart

La dernière montée, jusqu’à la ferme du Cade, se fait sans surprise : au ralenti, avec les bâtons, à la queuleuleu et à la lumière de nos frontales.

J’arrive à la ferme sans trop m’en rendre compte. Au loin je vois Charly qui m’encourage même s’il met un certain à me reconnaître ( ai-je tant que ça une tête de déterré?)

Sa bonne humeur me fait du bien, tellement que je ne fais pas attention à ce que je prends sur le ravitaillement. -“Hé ! Mais on dirait de la bière ce truc !  – C’est normal ! C’est de la bière sans alcool.” Grosse crise de rire. Je retrouve ma bonne humeur et je me dis qu’après tout je suis pas arrivé jusque là pour abandonner.

Même en mode Super Saiyan enjoué, les cinq ou six kilomètres de descente me séparant de l’arche d’arrivée se font très lentement et me paraissent une éternité. Notamment une fois passé le Pouncho d’Agast (lieu surplombant Millau d’où décollent les parapentes). 

 

Une (grosse) descente et c'est la libération

Depuis le dernier point de vue, le panorama n’en reste pas moins magnifique. Les lumières de la ville brillant dans le noir, Millau de nuit c’est beau aussi. On distingue même le viaduc.

Et puis, ça descend. Beaucoup. Fort. Longtemps. On serpente le long de la falaise, on emprunte la grotte aux hiboux. Tellement éreinté, que j’en oublie de profiter et je râle sur les pauvres bénévoles qui n’avaient rien demandé (désolé et merci à elles pour leurs petits mots d’encouragement).

Le genou se coince, la douleur sous le pied est violente. Je décide de passer un coup de fil de ras-le-bol. Je n’ai jamais été si près du but mais non je m’arrête pour téléphoner et râler.

Dernière descente, je tente une allure de course… enfin ce qui s’en rapproche le plus. J’aperçois Chrisna dans le dernier virage. Je suis euphoriquen j’en oublierais presque de sortir mon traditionnel drapeau breton. L’arche franchie, j’exulte. Je me rends pas encore vraiment compte mais je viens de parcourir 105km. Je suis ultra-traileur. 

 

Et l'après ? Ça donne quoi?

La ligne d’arrivée passé, tout s’enchaîne très vite. On me tend la médaille et le lot de finisher (trop grand, ça m’apprendra à courir aussi lentement) et un plateau repas qui fait plaisir. Je me pose et me mets à l’aise. Je découvre que mon pied a un peu muté mais rien de dramatique. Valentine arrive une petite demie heure après accompagnée de Manu, me voilà rassuré et très content pour eux qu’ils aient fini. On mange un peu et on rejoint la tente des masseurs (ou de tortures, chacun son point de vue). 

La nuit qui suit est peu réparatrice mais fait du bien et repose juste ce qu’il faut pour retourner sur le village le lendemain et prendre de vraies photos de finishers. 

En Bref.

Je boucle la course en 20h10’49”. J’espérais  terminer en moins de 20h mais la dernière descente aura eu raison de moi. Je suis très fier d’avoir su trouver la force d’aller jusqu’au bout de ce défi personnel. La préparation s’est bien passée et j’ai pu avoir l’encouragement de mes proches, ça m’a beaucoup aidé.

Bref, j’ai couru l’Endurance Trail des Templiers 2019. Je suis ulta-traileur et ce avec le sourire.

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